Meyer Azogui à la Une de l'Agefi Actifs

"Notre industrie nécessite une taille critique de plus en plus élevée" Meyer Azogui, Président du groupe Cyrus Conseil.

Quel bilan dressez-vous de cette année 2020 si particulière ?


Cette année restera indéniablement comme une année à part et totalement insolite pour toutes les entreprises du monde et le secteur de la gestion de patrimoine n’y a pas échappé. Pour Cyrus, cela aura été en plus une année charnière.

2020 a été intense pour Cyrus et a vu de nombreux évènements marquants dont les plus importants ont été l’arrivée d’un nouvel actionnaire et le renforcement de notre direction générale. Le 2 mars 2020, nous avons accueilli Christophe Mianné [ancien directeur général de La Financière de l’Echiquier et Directeur général délégué du groupe Primonial, ndlr] au poste de Directeur général du groupe. C’est une étape importante dans notre structuration.

Trois semaines plus tard, le 27 mars, en plein confinement, nous avons signé un nouveau LBO (Leverage Buy Out) avec Bridgepoint qui est entré dans notre capital à hauteur de 29% [il s’agit du fonds BDC III, géré par la filiale Bridgepoint Development Capital, différent de celui qui est investi dans Primonial, ndlr] et le financement d’Ardian avec une dette unitranche. Ces deux fonds à nos côtés vont être d’un grand soutien pour accélérer notre développement.

Mais 2020 restera - malgré ces bonnes nouvelles - l’année de la pandémie provoquée par le virus Sars-Cov-2. Une crise sanitaire, devenue crise économique mondiale, qui a totalement bouleversé les méthodes de travail de l’ensemble des secteurs d’activité.


Justement, comment votre activité a-t-elle résisté à la crise ?


Du fait de notre agilité et de notre organisation (travail généralisé en flex avec portables et surfaces), nous étions préparés en amont à l’arrivée du télétravail forcé et nous nous sommes donc très rapidement adaptés à la nouvelle donne. Les rendez-vous physiques se sont transformés en visioconférences et globalement nous avons réussi à maintenir un contact très étroit avec nos clients notamment au travers de points marchés réguliers qui ont réunis au total plusieurs milliers de clients.

Au final, notre activité a tenu le choc et notre modèle s’est avéré très résilient. En termes de chiffres d’affaires, nous sommes sur des niveaux équivalents, voire légèrement supérieurs à ceux de 2019, qui était une année record (52 M€ de CA en 2019, probablement 53 M€ en 2020). Côté collecte (environ 520 M€ brut en 2020), après un temps d’arrêt très fort observé au 2ème trimestre, elle est finalement repartie au cours du second semestre avec un dernier trimestre très actif. Il est intéressant de noter que ce sont surtout des produits originaux ou d’exceptions qui ont attirés nos clients. Ainsi, l’offre sur le non-coté a été recherchée tout comme les clubs deals immobiliers. Nous avons, par exemple, finalisé en un mois un club deal de plus de 70 millions d’euros portant sur des immeubles emblématiques du triangle d’or de la capitale. En revanche, nous avons constaté un réel attentisme sur les produits plus classiques et en particulier sur l’assurance vie. La collecte sur les SCPI quant à elle a marqué le pas durant la seconde moitié de l’année 2020, après un premier semestre prolifique.

Aujourd’hui, les encours du groupe s’établissent à 4,6 milliards d’euros, dont 440 millions pour Eternam et 750 millions pour Invest AM.

2020 est également une année d’accélération de notre croissance externe, avec 3 opérations réalisées sur l’année. Finalement cette année, malgré le contexte de pandémie générale aura été une année très satisfaisante, avec un nombre important de projets aboutis.


Allez-vous continuer sur votre lancée en 2021 ou souhaitez-vous temporiser ?


La ligne de conduite générale reste l’accélération de notre développement avec de nombreux projets en cours. Néanmoins, l’évolution du virus va rester l’inconnue majeure de 2021. Nous allons donc avoir un temps d’observation sur les deux ou trois premiers mois de l’année tout en saisissant les opportunités qui se présenteront. Si les différents vaccins sont efficaces et que la reprise économique se confirme alors nous pourrons lancer de nouveaux projets.


Vous évoquiez l’arrivée de deux nouveaux partenaires financiers. Quelle stratégie avez-vous mis en place avec eux pour accélérer votre croissance ?


Nous avons établi un plan ambitieux à cinq ans avec pour objectif d’atteindre 9 à 10 milliards d’euros d’encours et de doubler notre chiffre d’affaires à 100 M€.

Ce plan repose sur trois piliers :

Le premier est celui de la croissance organique. Nous exerçons notre savoir-faire depuis 32 ans et nous souhaitons améliorer le cœur de notre expertise. Cette croissance organique est solide et représente plus de 500 millions d’euros de collecte par an. L’idée est de continuer à étoffer nos équipes et notre couverture géographique. Actuellement, nous sommes présents dans 15 villes françaises. Nous voulons renforcer les bureaux existants, comme à Bordeaux, Nice ou Lille où nous regardons des possibilités d’acquisitions. Nous regardons également à l’Est où nous ne sommes pas encore implantés, à Strasbourg par exemple. A l’international, nous aimerions ouvrir une filiale ou un bureau en Suisse et au Luxembourg.

Le deuxième pilier, c’est évidemment la croissance externe. Notre ambition est de réaliser une opération structurante en nous rapprochant d’un acteur de taille importante et nous analysons le marché pour trouver une entreprise compatible. Une autre approche consiste à multiplier les acquisitions de structures de plus petites tailles. C’est ce que nous faisons depuis quelques années avec un modèle d’intégration totale : nous payons une partie très majoritaire de l’opération en cash (voir 100% lorsque le dirigeant cesse son activité) et le reste en titre Cyrus avec un réinvestissement des dirigeants dans la holding du groupe. En 2020, nous avons réalisé trois opérations de ce type : Convergence Finance acquis en janvier 2020 pour 65 M€ d’encours, V2A Patrimoine acquis en juillet 2020 pour 130 M€ d’encours et enfin ACS Finances closé le 17 décembre pour 63 M€ d’encours.

Nous souhaitons également proposer d’autres types de rapprochement, plus progressifs, au travers d’une acquisition de 100 % du capital mais avec maintien de l’indépendance de la structure. L’idée est de laisser la marque intacte et une gestion autonome du cabinet racheté dans les mains de ses fondateurs. Beaucoup de CGP sont noyés par la conformité et la gestion administrative et souhaitent se concentrer sur leurs activités de conseil. Cette option le leur permettra tout en se concentrant sur des clients de tailles plus importantes. Dans tous les cas, l’objectif est de participer à une belle aventure humaine en conservant un projet entrepreneurial [Cyrus compte actuellement 84 actionnaires dont 31 associés, ndlr]. Nous pourrons par ailleurs étudier quelques cas de prise de participation minoritaires.


Et le troisième pilier ?


Nous souhaitons développer des activités qui n’existaient pas jusqu’ici au sein du groupe. Nous finalisons ainsi la conception d’une activité en B to B. L’objectif est de créer un « corner » proposant à d’autres distributeurs que Cyrus, une gamme de produits complémentaires qui favorise la conquête de nouveaux clients - grâce à son originalité - et fait gagner du temps à nos confrères qui n’ont pas à les concevoir. Grâce à nos deux sociétés de gestion Invest AM et Eternam, cette gamme comprendra des fonds immobiliers innovants, des mandats de gestion (y compris de produits structurés), des clubs deal exceptionnels, une offre en non-coté…. Nous avons confié la direction de cette activité à David Aubin qui occupait précédemment le poste de DGD d’Eternam. Il a pour mission de concevoir cette offre et la commercialiser auprès des CGP, family offices, banques privées… afin de leur proposer des solutions de placement qui sont traditionnellement réservés à des institutionnels, mais avec des seuils d’accès beaucoup plus bas.

Nous avons également pour projet de créer un département dédié à la gestion de trésorerie des entreprises et des petits institutionnels.


Aujourd’hui, les quatre plus gros CGP français (Cyrus, Crystal, Herez et Astoria) se sont tous adossés à un fonds de private equity. Comment expliquez-vous ce choix identique ?


Nous sommes ravis d’avoir fait des émules ! Cela fait 12 ans que nous avons des fonds d’investissement présents dans notre capital. [Bridgepoint est le quatrième fonds à avoir investi dans Cyrus, ndlr]. Notre industrie devient de plus en plus capitalistique et nécessite une taille critique de plus en plus élevée. C’est donc très encourageant pour notre marché que des fonds d’investissement s’intéressent à nous, c’est un grand signe de confiance en l’avenir de notre profession. S’ils sont de plus en plus nombreux aujourd’hui pour accompagner cette tendance, c’est qu’ils estiment que nos business modèles sont résilients et que notre marché entame une période de consolidation. En outre, la régulation actuelle va produire des effets que ces fonds ont déjà observés sur d’autres secteurs d’activités ou d’autres zones géographiques, comme au Royaume-Uni par exemple. Sous la pression réglementaire et l’augmentation de la conformité, la consolidation est inéluctable. Les fonds veulent y participer. Attention toutefois aux surenchères, elles ne seront pas bénéfiques pour tout le monde…

Du côté des CGP, l’intérêt est double : d’une part matérialiser un enrichissement financier, fruit souvent de dizaines d’années de travail, et d’autre part se doter de moyens pour accélérer leur développement. Faire grandir des entreprises, c’est la raison d’être de ces fonds. C’est donc un atout stratégique que de bénéficier de leur expérience et de leur point de vue externe.

Nous entrepreneurs, sommes très engagés dans notre quotidien et devons prendre du recul. Par exemple, Cyrus a multiplié son chiffre d’affaires par cinq en 11 ans. Nous avons besoin de cette vision extérieure pour nous aider à poursuivre notre développement en le contrôlant. Certaines sociétés qui ne sont pas suffisamment structurées auront des déconvenues en accueillant des fonds dans leur capital. Cela peut être à double tranchant si la croissance n’est pas contrôlée. Le rythme devient plus soutenu et cela peut s’avérer compliqué pour les collaborateurs.

Enfin, ces fonds sont plus habitués à réaliser des opérations de croissances externes, ils aident donc à structurer les process d’acquisition tout en mettant à profit leurs propres réseaux.


Ne craignez-vous pas finalement de devenir un autre grand groupe, presque une banque privée ?


Non, absolument pas, j’y veille au quotidien. Contrairement à l’image que certains confrères se font de Cyrus, nous sommes des CGP comme les autres. Actuellement nous comptons certes 210 collaborateurs, dont uniquement 65 consultants patrimoniaux (CGP), mais si on regarde par bureau, la moyenne des encours tourne autour de 100 millions d’euros et les effectifs se composent de cinq à sept personnes en moyenne. C’est la réalité de notre activité, avec plus de la moitié de notre chiffre d’affaires qui est réalisé en régions. Evidemment nous concentrons une centaine de personne à Paris car c’est là que se trouve nos fonctions supports, notre ingénierie patrimoniale, nos sociétés de gestion, notre back office, bref tout ce qui vient soutenir les Consultants Patrimoniaux dans l’exercice de leur activité. Notre quotidien est celui d’un CGP classique : comprendre et répondre aux besoins de nos clients dans la durée, au travers d’une offre très large et qualitative. Nous sommes des CGP comme les autres dans l’exercice de notre activité, simplement très structurés et riche d’une courbe d’apprentissage de bientôt 32 ans qui nous fait comprendre que l’effet volume devient indispensable pour assurer un service différenciant.


Comment se porte l’activité de vos deux sociétés de gestion ?


Invest AM a beaucoup capitalisé sur son biais défensif pendant la très forte correction du mois de mars, notamment au travers des fonds Latitude Patrimoine et Latitude équilibre. L’activité et les process de gestion sont solides et les actifs dépassent les 750M€. La société a par ailleurs obtenu un nouvel agrément de l’AMF en 2020 qui lui permet de faire de la gestion de mandat de produits structurés. Une activité très différenciante en période de forte volatilité (grâce notamment à un accès efficient au marché secondaire).

Du côté d’Eternam qui gère 440 M€, nous avons consolidé nos acquis et renforcer nos équipes. Nous lançons début 2020 le fond Proxima (disponible en assurance vie) qui reprend toutes les expertises de la société en combinant l’immobilier sous toutes ses formes (coté, non coté, usufruit…). Le rendement visé est de 4% avec une liquidité mensuelle. Nous sommes très confiants sur le développement de cette offre originale. Nous avons également conçu un fonds hôtellerie en pleine crise qui détient 100% de cash et va pouvoir saisir de belles opportunités d’investissement.

L’idée pour les deux sociétés de gestion du groupe et de continuer à étendre leurs champs de compétences. Pour Invest AM nous allons donc développer l’activité de gestion en titre vifs mais également la partie obligataire. Ces expertises se feront soit au travers de recrutements ou de rapprochement avec d’autres sociétés de gestion, aussi bien financières qu’immobilières.


Interview à lire sur le site de l'Agefi Actifs : https://editiondigitale.agefiactifs.com/

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