L’équilibre est dans le contraste

En cette fin d’année, nombre d’investisseurs s’interrogent, à juste titre, quant à une poursuite de la hausse des marchés actions. Certains éléments constituent un « bruit » qui balance les marchés à court terme. Les regards sont d’ailleurs très souvent tournés vers le président américain (tweets provocateurs, invectives à l’égard du Président de la Réserve Fédérale, destitution éventuelle…). Il est alors plus sage de se concentrer sur les fondamentaux.



Une interrogation majeure sur l’économie américaine concerne l’impact du conflit commercial avec la Chine. Nous l’avons évoqué le mois dernier, le PMI manufacturier est tombé en septembre à son plus bas niveau depuis 2009. Malgré un léger rebond le mois dernier (48,30), un chiffre inférieur à 50 fait état d’un niveau d’activité en ralentissement dans ce secteur. La question est désormais de savoir si ce ralentissement peut se propager au secteur des services.


La publication du mois d’octobre en hausse par rapport au mois précédent (54,7) apporte des éléments rassurants face au lent faiblissement de la courbe. L’ISM non manufacturier n’est pas passé sous le seuil des 50 depuis 2009. La tendance enclenchée en début d’année peut donc inquiéter face à l’approche de la tant redoutée zone de contraction.


Du point de vue du marché du travail, les dernières publications de l’emploi non agricole sont ressorties à des niveaux bien meilleurs qu’attendu par le consensus, à la fois pour le mois d’octobre et de novembre. Le salaire horaire moyen continue également de croitre (+3% en base annuelle) avec un taux de chômage au plus bas depuis les années 50. On semble être dans une situation d’équilibre où la demande d’emploi est satisfaite (elle diminue alors que les salaires augmentent).


Du côté de l’offre, augmenter le salaire entraine une hausse du coût du travail, qui n’est actuellement pas compensée par des gains de productivité. En première estimation, la productivité s’est contractée de 0,3% au troisième trimestre alors qu’elle était attendue en hausse de 0,9%. Dans ces conditions, même si la saison de résultats trimestriels a été satisfaisante, nous serons attentifs à l’évolution des chiffres dans les prochains mois. En effet, même si le niveau de productivité est une donnée volatile, il est indéniable qu’il n’évolue pas conjointement à l’évolution de l’emploi salarié, ce qui pourrait peser sur les résultats des entreprises à moyen terme.


Pas de récession en Allemagne (pour le moment)


Avec une hausse de son PIB de 0,1% au troisième trimestre, l’Allemagne a évité de justesse une entrée en récession. L’indice PMI manufacturier se redresse lentement mais l’activité reste en zone de contraction, sous l’effet notamment des tensions commerciales et des difficultés du secteur automobile.

Même si le ralentissement est palpable pour l’ensemble de la zone Euro, c’est bien sa locomotive qui est aujourd’hui en perte de vitesse. En effet, la production industrielle s’est redressée pour le deuxième mois consécutif à l’échelle de la zone alors qu’elle continue à s’enfoncer outre-Rhin.

Les regards seront tournés vers Christine Lagarde à l’occasion de sa première réunion de politique monétaire à la tête de la BCE. La nouvelle présidente de l’institution a déjà plaidé pour des mesures de relance budgétaire, souhaitant viser les pays en excédent budgétaire (dont fait partie l’Allemagne) qui n’ont pas fait les efforts nécessaires.


En Chine, le conflit commercial pèse


Les bénéfices des entreprises industrielles chinoises ont reculé pour le troisième mois consécutif en octobre dans un contexte de repli des exportations. Les profits ont reculé de près de 10% en rythme annualisé. En cumulé depuis le début de l’année, ils s’établissent en baisse de 2,9%, sous l’effet de la dégradation des prix à la production.


Les indicateurs avancés restent bien orientés, ce qui laisse présager une préservation de l’activité pour les prochains mois. Le PMI manufacturier, qu’il soit calculé par l’agence Caixin ou par les autorités, se maintient en territoire d’expansion (à un plus haut de 3 mois pour le chiffre de Caixin).

Bien que le secteur manufacturier soit plus à la peine (comme c’est le cas dans les économies développées), les autorités chinoises comptent désormais davantage sur le secteur tertiaire. L’OCDE reste cependant prudente face aux perspectives dans un contexte délicat. Selon l’organisation, la croissance pourrait passer de 6,2% en 2019 à 5,7% en 2020.



Note rédigée par Cyrus Conseil